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« Adapter une ville aux enfants, c’est l’adapter pour tout le monde »

Rue aux écoles: Rue de Belzunce (10e), Christophe Belin / Ville de Paris

Le philosophe et urbaniste Thierry Paquot explique comment l’attention portée aux enfants dans l’aménagement des rues bénéficie à tous. Propos recueillis par Louis Moulin et publiés dans Libération, les 22 et 23 mars 2025. Extraits choisis

Est-ce qu’un urbanisme adapté aux enfants part forcément de l’école?

Absolument, c’est un lieu central dans la vie des enfants en ville. ça part de l’école et des chemins qui mènent vers l’école, c’est-à-dire les itinéraires quotidiens des enfants. Ensuite, il y a les espaces verts, des lieux de prédilection pour les enfants, qu’il faut relier entre eux. C’est-à-dire imaginer des cheminements entre les grands espaces verts que sont le stade, le parc, le jardin et même le cimetière. (…)

Est-ce que ces adaptations ne bénéficient qu’aux enfants?

Non, quand on adapte une ville aux enfants, on l’adapte à tout le monde. Une ville qui va moins vite, moins tonitruante dans le monde de l’accélération que l’on connaît, bénéficie aussi à des gens qui veulent marcher plus lentement ou même à des actifs hyperactifs, qui vont tout à coup découvrir que c’est pas mal de s’arrêter sur un banc, de lire, de discuter… De la même manière, quand on piétonnise des rues pour les enfants, qu’on change le revêtement pour des couleurs claires plutôt que de l’asphalte qui accumule la chaleur, et que l’on végétalise, on lutte contre la pollution et les îlots de chaleurs urbains pour tous.

Pour autant, peut-on faire des rues végétalisées et piétonnisées partout?

Non, d’abord parce qu’on hérite de l’urbanisme qui nous a précédé, que je définis comme le moment occidental et masculin de la fabrication de la ville productiviste. (…) Du coup, il faut corriger, réorienter, réorganiser ce qui a été pensé comme des voies de circulation pour en faire des voies de relation. (…)

Comment fait-on pour associer des enfants à la fabrique de la ville?

Il faut partir de leur vécu. Pour cela, on peut faire, comme je l’ai vu en Suisse, en Allemagne ou en Italie, une visite des élus, guidée par les enfants qui leur montrent tout ce qui va bien et tout ce qui ne va pas bien. Si on dit aux enfants: « dessine-moi la ville dont tu rêves », ça devient vite des lieux communs. Par contre, si dans leur propre quartier (…), on leur dit « montre-nous ce qui te plaît et ce qui ne te plaît pas », ça produit des effets.

Pour aller plus loin: Thierry Paquot: Pays de l’enfance (éd. Terre urbaine, 2022).


Les rues aux enfants à Paris

« Moi, ce que j’aime, c’est la nature. Ces rues sont super jolies. Les voitures font trop de bruit. Je préfère quand il n’y a que des piétons », raconte timidement Sarah, 7 ans, croisée rue Amelot, dans le XIe arrondissement de Paris. Depuis deux ans, l’axe est fermé aux voitures sur 100 mètre, autour de l’entrée d’un collège. (…) En cinq années, la mairie de Paris a déjà aménagé ainsi plus de 200 rues aux écoles, un dispositif qu’elle compte généraliser.


Une étude menée par les associations Respire et AirGones aux abords de dix établissements dotés de rues aux écoles a montré que le dispositif entraînait une baisse de 10% à 30% de la concentration en dioxyde d’azote.


Ailleurs en France, des dispositifs similaires essaiment. A Lyon, où la première rue aux écoles a été aménagée en septembre 2021, on vante la piétonnisation d’une surface équivalente à onze terrains de foot depuis 2020. A Marseille, ce sont dix rues aux écoles qui ont été réalisées l’an dernier. A Toulouse ou à Rennes, des voies qui desservent des établissements scolaires sont piétonnes seulement aux heures d’entrée et de sortie des écoles : ce sont les rues scolaires. A Grenoble, la municipalité prévoit de piétonniser 41 rues sur les 67 desservant des écoles de la ville d’ici l’an prochain.

L’ATE s’engage pour que de tels dispositifs voient le jour en Suisse. Rejoignez-nous!

Contact: chemindelecole@ate.ch